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Ecrire ou parler des F.T.P. n'est pas chose facile. Tout ce qui touche à la Résistance a été traité avec plus ou moins de bonheur, de l'erreur à l'omission, de l'apologie à la négation. Formons le voeu que l'abondance en la matière permette aux esprits sérieux de séparer le bon grain à l'ivraie.
On ne peut reprocher à l'équipe documentaliste qui a aidé Charles Tillon dans l'écriture de son livre Les F.T.P. d'avoir cédé à la tendance naturelle de privilégier l'action de sa formation. Aujourd'hui, grâce à la richesse de la chose écrite, les chercheurs possèdent une masse considérable de documentation luir permettant de mettre à jour l'histoire de cette période. Je leur laisse le soin de dire à nos enfants une parcelle de ce que fut une des parties intégrantes de la Résistance avec le maximum d'objectivité.
Personnellement, n'étant pas historien, mais seulement témoin et participant, je tenterai de m'en tenir à des problèmes techniques ou d'organisation, et à quelques observations sur le plan théorique concernant les actions à caractère militaire. Cet exposé comporte quatre parties.
En premier lieu, nous traiterons des origines et des motivations pour aborder ensuite les problèmes d'organisations et de structures, puis la tactique et la stratégie, pour terminer enfin par la fusion au sein des F.F.I.
Considérant que la Libération nationale était inséparable de l'insurrection nationale, il n'était pas possible d'aborder un tel sujet sans traiter des F.F.I. dont chacun disait à l'époque qu'ils n'auraient pas existé si les F.T.P. en avaient été absents.
Chacun en la matière peut avoir son opinion, mais là n'est pas mon propos. Nous n'allons pas, un demi-siècle après, nous élver en faux contre Pirandello lorsqu'il disait : "à chacun sa vérité". Nous sommes payés pour le savoir, nous qui avons le privilège d'être encore là pour juger de la façon dont l'histoire est écrite, mal écrite, ou non écrite, ce qui est la pire des choses.
La Résistance Nationale a réalisé la synthèse d'une guerre à la fois civile et militaire, pour libérer militairement et politiquement la France envahie.
Dans cet ordre d'idée, on ne saurait séparer arbitrairement l'histoire de la Libération de la terrible période clandestine qui la précèda et la rendit possible. Il en fut de même pour la lutte armée : elle ne fut qu'un aspect de la Résistance nationale. C'est dans cet esprit qu'il convient d'affirmer que les anciens F.T.P. n'ont jamais séparé les combattants en armes de tous les autres résistants. La lutte armée eût été impossible sans ces derniers. L'héritage
Les motivations de ceux qui, les premiers, engagèrent le combat contre l'envahisseur résident dans l'héritage moral légué par les patriotes de 1870, les francs-tireurs de l'armée de Chanzy et de Faidherbe, et tous ces hommes qui, trahis par Bazaine et vomissant Bismarck, se battaient sur la Loire pour défendre Paris.
L'héritage venait de plus loin encore : Valmy bourdonnait aux oreilles des patriotes de 1940 et l'élan des Brigades Internationale venait à peine de se rompre à notre frontière des Pyrénées.
Un des premiers numéros de France d'Abord, l'organe clandestin des F.T.P, publiait un appel intitulé "Au drapeau", dans lequel on lisait :
Cette guerre sera gagnée si, dans chaque pays, le peuple prend un conscience totale du entiment national et de l'honneur national. Le moment est venu pour les Français de prendre rang parmi ceux qui combattent. Le moment est venu de cesser de produire et de transporter pour le vampire hitlérien. Une nation décidée à vivre et à combattre est toujours plus forte que ses bourreaux.
Ce même numéro reproduisait également ces vers prophétiques de Victor Hugo :
Vous n'êtes pas armés ? Qu'importe ! Prends ta fourche, prends ton marteau Arrache le gond de ta porte Emplis de pierres ton manteau. Et poussez le cri d'espérance : Redevenez la grande France !
Voilà pour l'héritage inscrit dans l'Histoire de notre peuple en lutte contre les oppressions.
Il ne s'agit pas d'être esclave du passé même récent. Il faut simplement s'en instruire en corrigeant les erreurs. On ne construit pas l'avenir en revêtant les défroques d'hier, même si elles furent héroîques.
Dans le cadre étroit de ce coup d'oeil sur un aspect de l'histoire, nous ne nous attarderons pas sur le contexte de l'époque que chacun connaît pour l'avoir vécu ou étudié : la défaite, l'occupation, les appels du général De Gaulle, du P.C. et de différentes personnalités dont les opinions étaient parfois aux antipodes les unes des autres. ET nous aborderons dans l'immédiat le sijet qui nous réunit aujourd'hui : les F.T.P [haut de page] L'organisation spéciale
Dès la fin de 1940, quelques communistes avaient formé un embryon d'organisme de direction militaire, chargé de rassembler et former des cadres indispensables à l'organisation d'une armée adaptée aux conditions de l'illégalité et de la terreur fasciste.
Comme le meilleur des critères reste l'expérience, c'est dans la recherche de l'organisation que l'action surgit et donna naissance à l'Organisation spéciale (O.S.) et aux Bataillons de la Jeunesse.
De la naquirent les F.T.P, dont la direction du P.C. clandestin confia la responsabilité à Charles Tillon qui, dès juin 1940, au lendemain même de l'entrée des Allemands dans Bordeaux, publiait et faisait diffuser un manifeste dénonçant la barbarie nazie et appelant à la lutte contre l'occupant.
Début difficile ; il fallait vaincre mille difficultés matérielles et morales : manque d'armes et d'argent, menées insidieuses de l'ennemi dont les agents s'efforcaient d'établir la vanité d'une lutte aussi disproportionnée et tentaient de rendre les patriotes responsables des massacres d'otages. C'est cette lutte pourtant qui, menée envers et contre tous, a redonné au peuple français la conscience de sa force.
L'organisation n'était pas ouverte aux seuls communistes. Des patriotes de tous horizons prirent le chemin du combat. Différents mouvements de Résistance et réseaux naissaient dans le pays, mais dès septembre 1941, d'une façon générale, seuls ceux qui allaient former les F.T.P. préconisaient la lutte armée. Dans la France coupée en deux, le P.C. délégua Georges Marrane pour constituer le Front National. Les premiers contacts avec les autres organisations et personnalités non communistes remontent au mois d'avril 1941.
Il faudra néanmoins attendre mai 1942 pour que le colonel Rémy entre en contact avec les F.T.P. qui, entre temps, sont devenus la formation militaire du Front National. [haut de page] L'action immédiate
Sous l'impulsion du savant Marcel Prenant, biologiste de grand renom qui dirigea en tant que chef d'état-major le Comité National Militaire (C.N.M.), la lutte s'organisa et s'intensifia. Il s'agissait de former des combattants, de leur apprendre à se battres, de leur fournir des directives de lutte, de développer une tactique nouvelle et une stratégie adpatée aux traditions de l'époque.
Aux exploits des Fabien et des Debarge venaient s'ajouter ceux de Carre, Losserand, Rebière, spécialistes des premiers déraillements et des attaques "coups de poing" contre les détachements allemands. Des héros tombaient sous les rafales des pelontons d'exécutions.
Le 9 mars 1942, par l'arrêt qui les condamnait à mort, les nazis reconnurent l'existence des F.T.P.
Dès ce moment, le C.N.M. avait la claire vision des nécessités de l'heure.
Dans leur campagne de calomnies et de mensonges, les occupants eurent des collaborateurs inattendus. Tous ceux qui éprouvaient quelques craintes reprirent, parfois inconsciemment, les mensonges répandus par la Gestapo. Un tel s'élevait à la radion contre les actes prémaurés, tel autre parlait d'héroïque folie...
Seul France d'Abord faisait litière de tels arguments et, en mai 1942, contrairement aux directives venant de Londre, lançait le mot d'ordre : à chacun son boche.
Partout où ils étaient placés, les F.T.P. luttaient contre la plais de l'époque : l'attentisme.
La vérité oblige à dire que, malgré leurs efforts et le bilan positif de leurs actions, les F.T.P. continuèrent à être systématiquement oubliés. Armes, aides matéirelles étaient réservées aux attentistes, qui mettaient leurs armes en réserve pour le Jour J. [haut de page] Une structure simple
Nous n'irons pas plus loin dans ce domaine, et jetterons un coup d'oeil rapide sur les structures de l'organisation.
L'organisation des F.T.P. se forma dans le combat et fut adpatée à la spécificité de cette guerre clandestine, modifiée fréquemment sur la base d'expériences acquises ou des conditions nouvelles créées par les événements.
Elle se différencia donc essentiellement de l'organisation préconisée par le B.C.R.A., qui tournait le dos à l'action immédiate et favorisait la constitution bureaucratique de formations auxiliaires en vue du débarquement.
Qu'était donc l'organisation des F.T.P ?
Théoriquement, en voici le principe : - A la base, le groupe de combat est divisé en deux équipes. la première : 3 hommes et le chef de groupe la seconde : 3 hommes et l'adjoint du chef de groupe.
Ce système souple s'adaptait aux conditions très différentes du combat clandestin, à la ville, au maquis, comme aux différentes missions de sabotage. Il permettait de plus de conserver un maximum de sécurité.
Les deux équipes d'un même groupe ne se réunissait en principe que pour l'action et éclataient, la mission accomplie.
La section comptait trois groupes ; la compagnie trois sections. Tout ceci bien entendu n'avait qu'un caractère théorique et se pliait facilement aux exigences et aux conditions de l'heure.
A cette structure se superposait l'organisation géographique par département, quels qu'en soient les effectifs.
Le triangle de direction comprenait : - Le Commissaire aux Effectifs : C.E. - Le Commissaire aux Opérations : C.O. - Le Commissaire Technique : C.T.
Ce comité était subordonné à un Comité Régional également de trois membres, lui-même subordonné au Comité Militaire National par le truchement de l'Etat-Major de la Zone Sud.
Du bas en haut de cette pyramide nous retrouvons en principe le triangle de direction que nous avons vu au plan départemental.
Les immigrés antifascistes désignés sous le vocable M.O.I. ( Main d'Oeuvre Immigrée) étaient subordonnés au commandement F.T.P.
Voilà rapidement esquissés les structures des F.T.P., devenus l'armée du Front National qui rassemblait une mosaïque importante de la Nation Française.
Cette composition des triangles de direction dans l'organisation géographique, c'est-à-dire départementale ou régionale jusqu'à l'Etat-Major-Zone ne serait pas complète si on n'abordait pas le problème des liaissons avec les responsables des organisations patriotiques du Front National et naturellement avec ceux du Parti Communiste.
Les liaisons étaient assurées par le Commissaire aux Effectifs. Le C.E., comme nous l'appelions, était l'homme politique du triangle qui pas ses contacts avec le F.N. et le P.C. bénéficiait de l'appui des plus importantes organisations de masse et de l'expérience politique du P.C.
Pour mieux saisir l'importance d'un tel problème, il convient de savoir que le C.M.N. dirigeait directement certains services. Il put ainsi mettre sur pied un remarquable Service de Santé, auquel collaboraient des sommités du monde médical. Il organisa également un service de renseignements indépendant de ceux des unités F.T.P qui, sous l'appellation "réseau F.A.N.A.", procura aux Alliés des informations de la plus haute importance. Enfin, un service d'armement, assurant la fabrication de matériel. Longtemps, le C.M.N. dut assurer seul le contact avec l'A.S. Une mesure élémentaire de sécurité interdisait de mettre en rapport, à tous les échelons, les formations F.T.P. et les autres formations considérées comme attentistes.
Ces mesures furent levées au fut et à mesure du développement de l'action armée des autres formations. [haut de page] Stratégie et tactique originales
Etudions à présent la stratégie et la tactique des F.T.P.F. Nous le ferons à grands traits.
Au début, parmi les officiers françai qui n'avaient pas admis la trahison de Pétain, il ne s'en trouva pas un qui crut à la possibilité d'organiser en France occupée une action militaire contre l'ennemi.
Personne parmi eux ne pouvait concevoir la poursuite de la lutte armée, en l'absence de troupes incorporées et d'une ligne de front établie. Dans le domaine militaire, le C.M.N élabora une stratégie et une tactique originales, adaptées aux conditions particulières de cet aspect de la guerre totale.
Il ignorait la stratégie et les intentions des Alliés. Il lui fallait faire en sorte de ne les géner en rien. Les objectifs du C.M.N. peuvent être définis ainsi : rendre impossible la collaboration, miner le moral ennemi et nuire au maximum à la machine de guerre allemande.
Le premier point entraînait le châtiment des traites et collaborateurs, la destruction des locaux des organisations pro-hitlériennes et plus tard, la protection des grèves et des manifestations patriotiques.
Le deuxième objectif fut atteint par la multiplication des attaques contre les détachements, les cantonnements, les garages de la Wermacht.
Ces premières victoires furent exploitées par la diffusion dans les ragns même de l'armée allemande de multiples tracts donnant des nouvelles exactes du front de l'Est et des bombardements alliés.
La M.O.I, avec ses combattants héroïques, s'employait particulièrement à ce travail.
La destruction du matériel était menée en s'attaquant toujours au même objectif, ce qui rendait les réparations plus longues et très difficiles. Il en fut ainsi du matériel ferroviaire, des lignes électriques, des centrales thermiques ou hydrauliques. Les journées commémoratives du 1er mai, du 14 juillet, de Valmy, du 11 novembre, protégées par les F.T.P. furent toujours couronnées de succès.
Les déraillements, attaques de convois et châtiments de traitres se comptaient par dizaines chaque mois.
Toutes ces actions, pouvant paraître parfois peu ordonnées, n'étaient possible que grâce à une tactique éprouvée et dictée par le C.M.N.
Les F.T.P. ne pouvaient pas rechercher le combat en ligne. Ils ne l'acceptaient que dans des situations exceptionnelles, pour ne pas dire désespérées.
C'était, comme l'expliquait Charles Tillon dans une formule devenue célèbre, "la tactique de la boule de mercure" qui, dès que l'on veut s'en saisir, s'éparpille en fines gouttelettes se laissant aisément rassembler pour reformer la goutte originelle.
Ainsi agissait l'équipe ou le groupe : attaquer et frapper par surprise; ne pas accepter le combat ; se replier par un chemin étudié à l'avance et se disperser immédiatement après le coup de main.
Des techniques très précises avaient été mises au point pour les déraillements, la destruction des pylones, l'attaque des détachements et des convois. [haut de page] La question de l'armement
Le gros poblème pour les F.T.P fut toujours celui de l'armement. Comme déjà dit, en mai 1942, devant la prédominance indiscutable des F.T.P. dans la lutte armée, le B.C.R.A, à Londres, promit au représentant de l'organisation des armes, des explosifs et des cadres spécialisés.
C'est à cette époque que se situe, entre le B.C.R.A. et les F.T.P., la discussion sur la conception même de la lutte armée à laquelle le Général n'a jamais souscrit, tout en ayant déclaré au lendemain du massacre de Chateaubriant :
"Dans cette phase terrible de sa lutte contre l'ennemi, il faut que le peuple français reçoive un mot d'ordre. Ce mot d'ordre je vais le lui donner ; il vient du Comité National Français qui dirige la Nation dans la Résistance. Il est absolument justifié que les Allemands soient tués par des Français. Si les Allemands ne voulaient pas recevoir la moirt de nos mains, ils n'avaient qu'à rester chez eux et ne pas nous faire la guerre. Tôt ou tard d'ailleurs, ils sont tous destinés à être abattus, soit par nous, soit par nos Alliés".
Ce que disait le général De Gaulle le 23 octobre 1941 ne régla jamais le problème des armes, parachutées au compte gouttes pour les F.T.P. Avec ou sans armes, le combat continuait, en poursuivant l'éducation militaire. France d'Abord publia de nombreuses brochure clandestines sur le maniement des armes et la fabrication d'engins de fortune. Les F.T.P furent les seuls à accomplir cette tâche indispensable.
Certains s'étonneront d'apprendre que ceux qui multipliaient ainsi leurs efforts n'ont pas été davantage aidés par les Alliés, ni même par le C.F.L.N.
Le C.N.M. renouvela ses appels fréquents, notamment le 6 août 1943, dans une nouvelle lettre au Président du C.F.L.N., où il était spécifié que l'armement favoriserait l'action des maquis et donnerait une confiance accrue à tous ces jeunes voulant échapper au S.T.O. Cette lettre se terminait ainsi :
"Les armes, il nous importe peu de les recevoir directement ou par l'intermédiaire de l'A.S. pourvu qu'elles n'aillent pas dormir dans quelque dépôt et risquer d'être saisies avant d'avoir servi, pourvu que nous puissions dès maintenant, les utiliser pour en conquérir d'autres sur l'ennemi".
Malgré cet appel et les décisions prises par le C.N.R. constitué en mai 1943, les F.T.P. ne reçurent pas d'armes.
Cependant il arrivait qu'à l'insu de ceux qui, de Londres, n'entendaient rien, les F.T.P. se joignent à d'autres pour assurer la réception des parachutages et évidemment recevoir leur part.
Dans plusieurs cas aussi des officiers français ou britanniques parachutés en France armèrent les F.T.P., à l'insu de leurs services londonniens. [haut de page] Les Forces Françaises de l'Intérieur
Quand, au début de 1943, les représentants des diverses organisations de Résistance se réunirent pour donner vie à l'Armée Secrète, les F.T.P. avaient déjà un long passé de gloire.
A cette réunion constitutive, ils ne purent convaincre les dirigeants des autres organisations de la nécessité de l'action armée immédiate. Ils firent plus, en soumettant au Comité National de l'A.S. un projet d'organisation qui, éludé, fut finalement repris et devint au début de 1944, la base de la structure des F.F.I.
L'Etat-Major F.F.I, selon une structure très classique à quatre bureaux, fut constitué en février 1944 sur le plan national.
La formation des Etats-Majors régionaux et départementaux se réalisa par la liaison des principales organisations de Résistance sur le terrain (F.T.P.F, - A.S., - O.R.A, - C.F.L.- etc), et au fur et à mesure des possibilités favorisées par le débarquement du 6 juin en Normandie. Ce fut le cas pour la majorité des départements de Zone Sud ou l'Etat-Major-Zone des F.T.P., dénoncé par un traitre, fut décapité d'une façon dramatique, ce qui non seulement fit des dizaines de victimes, mais entrava l'action des F.T.P. et toute la Résistance de la Zone Sud et particulièrement en Provence.
Considérant que l'essentiel a été dit ici sur les F.T.P., on peut toujours lire la documentation abondante qui existe et donne davantage de détails qui n'auraient fait qu'alourdir cet exposé, où je vais abandonner le caractère théorique et technique pour aborder à grands traits - et sans aucune prétention à la vérité historique- une petite partie de l'histoire de la R2. [haut de page] Dans la R2
Nos amis du Var, des Alpes-Maritimes et des Alpes de Haute-Provence ont fait des efforts méritoires pour apporter à l'histoire une contribution sérieuse sur l'action des F.T.P. dans la R2. Il reste malheureusement le Vaucluse où, à ma connaissance, peu de choses ont été tentées, et les Bouches-du-Rhône, point noir de la région où les falsificateurs s'en sont donné à coeur joie.
Les chutes successives des cadres, consécutives à la répression terrible, à des imprudences, des erreurs et à un climat politique où les luttes de clans n'étaient pas absentes, ont fait que l'écriture sur la Résistance intérieure est abondante, mais de façon générale, qu'elle manque totalement d'objectivité.
Ce jugement personnel sur ce dernier point ne met pas en cause la vaillance et l'héroïsme des cadres et des F.T.P de ce département. Pour s'en convaincre, il n'est que de consulter les comptes-rendus d'opérations réalisées avec le concours de la M.O.I.
Formons le voeu que des jeunes historiens s'attèlent à cette tâche que nous n'avons pu mener à bonne fin. [haut de page] Les désaccords
L'Histoire des F.T.P.F, concernant la R2 devrait théoriquement se terminer ici, avec la constitution des F.F.I.
Malheureusement, et ce fut le cas pour presque tout la Zone Sud, toutes les organisations de la Résistance armée, malgré la bonne volonté et le désir d'union des uns et des autres, continuèrent à se battre sous leur propre drapeau jusqu'à l'insurrection, sauf dans les Alpes de Haute-Provence où les prémices de la fusion eurent lieu le 6 juin 1944, lors du débarquement de Normandie.
Toute une série de facteurs ont joué un rôle de frein, dans cette volonté d'un commandement unique des F.F.I.
En premier lieu, le désaccord sur la stratégie et la tactique entre les F.T.P et les autres organisations, était trop profond pour pouvoir être comblé à l'heure de la fusion et du débarquement du 6 juin 1944.
Les F.T.P., jusqu'au bour, durent défendre leurs conceptions tactiques qui condamnaient les concentrations massives, vulnérables aux moyens matériels puissants de l'ennemi. Je ne dirai rien du Vercors, je citerai seulement pour la R2 : Lambesc, Saint-Antonin, où des centaines de jeunes pleins d'allant tombèrent les mains nues sous les coups des Hitlériens.
Non seulement tous ces jeunes sont morts sans pouvoir combattre, mais ils ont manqué comme force vive sur la côte, au moment du débarquement sur les côtes de Provence.
Les F.T.P. ne furent jamais favorables aux gros "haricots" préconisés par le Plan vert. Ne devaient monter au maquis que les hommes "grillés ou traqués" par la Milice ou la Gestapo.
Les cadres militaires de cette époque ont pris une lourde responsabilité en appliquant les ordres venus d'en haut, mais discutables sur le terrain.
Personnellement, j'avais par écrit condamné de tels ordres en juillet 1944 et, malgré le temps passé, mon opinion n'a pas varié.
D'autres raisons sont à la base des difficultés que nous avons rencontrées en Provence.
Le Chef Régional F.F.I. Rossi est fusillé le 19 juillet à Signes, Jacques Renard-Turpin régulièrement désigné pour le remplacer est arrêté quelques temps après, il sera fusillé à Nice le 15 août. Le D.M.R Burdet-Circonférence est arrêté à Marseille avec le jour J. Le 11 août, Constant-Saint-Sauveur est parachuté dans le Vaucluse en tant que chef régional F.F.I : Koening, ainsi que l'Etat-Major du C.O.M.A.C. désavouent cette nomination ; Sapin-Lécuyer de l'O.R.A. est récusé par certains chefs d'organisations, qui néanmoins le reconnaissent comme préjudiciable à la conduite des opérations, que l'ex-chef Régional F.T.P. Sunt-Simon informé du sort de Rossi-Levallois et de l'arrestation de Renard, considère qu'il lui revient -ayant déjà assuré cet intérim- de reprendre à nouveau le commandement des F.F.I. de la Région.
Voila à grands traits la situation entre le 6 juin 1944 et le débarquement en Provence. [haut de page] La volonté d'union
Il convient de signaler que la formation, ou l'esquisse de cette formation des E.M.-F.F.I. dans les départements de la R2, malgré les freins et les réticences des uns et des autres, s'est poursuivie avec la volonté de réussir ce premier amalgame.
Avec des hauts et des bas, et des fortunes diverses, on peut dire qu'à l'heure du débarquement en Provence, la fusion des Etats-Majors départementaux des F.T.P., de l'A.S., de l'O.R.A. et des C.F.L, dans la R2, a été réalisée.
Concernant les départements du Var et des Alpes-Maritimes, il faut savoir que l'essor et les tentatives d'unification de la Résistance en général remontaient au début de 1943 ; mais la Résistance non armée ( tracts, renseignements, évasions ou manifestations patriotiques) vit le jour dès l'été 1940 et s'amplifia jusqu'en 1942, où des journaux clandestins comme Combat, Franc-Tireur étaient diffusés, où le Cri des Travailleurs, et l'Union del Popoplo appelaient les Français et les immigrés à soutenir les luttes du Front National, à rejoindre les F.T.P. et à refuser les départs en Allemagne.
Les patriotes clandestins ou légaux, "grillés" dans les villes, montaient au maquis dans le Haut-Var ou les Basses-Alpes. A ma connaissance, l'un des premiers maquis F.T.P. de la côte fut créé, en mars 1943, près de St-Maxime par la Première compagnie de Provence. Peu armé, mais combatif, il impulsa l'action.
C'est à cette époque que le P.C. confirma que 10% de ces adhérents devaient passer aux F.T.P.
Le premier maquis des Alpes-Maritimes fut créé en mars 1943 à Andon, mais il ne comprenait que des réfractaires du S.T.O. non armés. D'autres maquis de même nature s'implantaient à Courmes et à Touët-sur-Var.
Les parachutages sur les territoires de Vence, de GRéolières, de Puget-Théniers, de Drap, de Peille, n'étaient pas destinés aux F.T.P.
Malgré la répression impitoyable qui s'abattait sur les Patriotes, malgré le manque d'armes et les restrictions aggravées dans ce département peu productif, les maquis augmentèrent en nombre et en qualité.
C'est au travers de difficultés inouïes, que les combattants des Alpes-Maritimes portèrent des coups à l'ennemi. Ces combats iront en s'intensifiant jusqu'en juin 44 et ne cesseront pas jusqu'à l'insurrection, où les Niçois eux-mêmes libèrent leur ville. Dans les Alpes-Maritimes et les Basses-Alpes, on continuera à se battre jusqu'en 1945, à la frontière italienne.
Ne voulant privilégier aucun département, ni aucune formation particulière, nous pouvons dire avec le recul du temps et sans vaine gloriole, que nous nous sommes bien battus et que nous ne nous sommes pas mal tirés d'une situation extrèmement difficile, je veux rappeler les points essentiels : - la chute de l'E.M.Zone des F.T.P le 13 mai 1943 - le manque d'armes général - nos conceptions différentes sur la tactique et la stratégie - nos divergences sur le cloisonnement et les problèmes de sécurité - les conséquences de ces divergences sur le Plan Vert - la répression en général - les arrestations des Chefs F.F.I et les difficultés rencontrées pour la nomination du chef régional F.F.I - nos erreurs dans une application stricte des ordres concernant l'investissement des petites villes. [haut de page] L'insurrection
Dans un tel contexte, et compte tenu du manque d'armes quasi général sur le plan de la R2, l'insurrection ne pouvait avoir le même caractère dans les grandes villes des cinq départements.
C'est la raison pour laquelle je ne m'étendrai pas sur ce problème, considérant que, cinquante année après, les études et recherches des uns et des autres devraient nous permettre d'avoir une vue exacte de la situation.
Cette histoire, et ce sera ma conclusion, devrait insister sur le fait, que le 12 septembre 1944, c'est-à-dire 97 jours après le 6 juin et 27 jours exactement après le débarquement en Provence, la jonction des opérations Overlord et Dragon se réalisait entre Châtillon et Dijon, à plus de 250 km au sud-est de Paris.
Comment en si peu de temps, les troupes alliées avaient-elles pu établir leur tête de pont et libérer les quatres cinquièmes du territoire ? Comment en si peu de temps, les troupes alliées avaient-elles pu battre et refouler l'armée allemande qui depuis cinq ans faisait trembler le monde ?
L'histoire a déjà répondu à ces questions.
De grands chefs militaires français et alliés se sont plu à rendre hommage à la Résistance intérieure et en particulier à ses soldats sans uniforme.
Il ne s'agit pas pour nous, Résistants de l'Intérieur, de déterminer dans quelle mesure l'insurrection a contribué à la Libération de notre pays. Il s'agit de savoir, contrairement à ce que certains historiens écrivent, si c'est le plan insurrectionnel dressé par la Résistance, aux différents échelons, qui a eu raison des plans mûris dans les Hauts Etats-Majors.
C'est une question à laquelle certains historiens ont répondu en disant que le Plan insurrectionnel réalisé par les F.F.I. a dominé en France la stratégie des Alliés.[haut de page]
Nice, février 1993
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