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Nos sources : Archives : A.D.A.M., Musée de la Résistance Bibliographie : Edouard Alexander, Un de la Résistance Jacques Baumel, Résister Claude Bourdet, L’aventure incertaine Jacques Bounin, Beaucoup d’imprudences Laurent Douzou, La désobéissance Conrad Flavian, Ils furent des hommes Henri Frenay, La nuit finira Joseph Girard, La Résistance dans les Alpes-Maritimes Yvon Morandat, Souvenirs inédits Henri Noguères, Histoire de la Résistance en France Jacques Peirani, Mémoire des jeunes de Combat Jean-Louis Panicacci, La Résistance azuréenne Dominique Veillon, Franc-Tireur Témoignages : Jacques Antoine, Léon Baruchi, Arthur et Paulette François, Simone Geoffroy, Christiane Melon-Carementrand
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Christiane MELON (future Secrétaire de Raoul ATTALI) commence par nous raconter : Fin juin 1940, à Nice (j’avais 17 ans), le fils d’une connaissance de mes parents, Yves Castelli, me demanda de participer, à la sortie du Lycée Félix Faure, à une manifestation de protestation contre la venue de la commission d’armistice italienne. Ces jeunes protestataires étaient des étudiants de “Math-sup” qui préparaient les concours d’entrée aux Grandes écoles. Nous avons alors décidé de nous grouper et de prendre pour dirigeant Racadot. C’était un étudiant en médecine, plus âgé que nous, réfugié alsacien. Nous étions une dizaine, neuf jeunes gens et moi-même : Yves Castelli, Jacky Cacan, Le Goff, Pages, quatre autres. Nous nous réunissions à l’Association Générale des étudiants, 13 avenue de la Victoire. Notre objectif était de parvenir à éditer et diffuser des tracts tapés à la machine ou écrits à la main, puis de recruter. Notre noyau s’est agrandi de Paulette François, puis de Simone Geoffroy, présentée par Yves Castelli. Nous demandions à chaque membre de recruter quatre personnes avec qui il restait seul en relation : cela permettait de ne pas trop nous connaître et de faire boule de neige. Au début de 1941, nous eûmes notre premier journal, “Liberté” ; c’est Racadot qui le ramenait de Marseille où il était imprimé par des groupes déjà bien organisés. Puis ce fut “Petites Ailes”, mais ce dernier était plus rare, imprimé en petites quantités. On disait qu’il venait de Londres par l’intermédiaire du corps diplomatique américain présent en Zone Sud. Ne voulant pas rester entre étudiants, je prends contact avec un voisin cheminot à qui je donnais des journaux clandestins, M. Chabrière ; il me met en rapport avec MM. Darnaut et Fantino, tous deux habitant la cité des chemins de fer, route de Turin. Le mouvement naît à la gare Saint-Roch et prend vite de l’ampleur (une cinquantaine de cheminots). Je n’avais que 17 ans et ne me sentais pas capable de tout coordonner. M. Arthur François, ancien officier, prit en main la direction de tous ces groupes. Qui est Arthur François ? Dans une déclaration écrite au cours de l’instruction de son procès , en 1941, Arthur François se présente ansi : “ Arthur François, originaire du Nord, né à Marcoing le 4 janvier 1890, zone rouge en 1914-18, zone interdite en 1940, deux fois en 25 ans ma famille a connu l’horreur de l’invasion et le lamentable exode des refugiés (...) Engagé volontaire en 1909, je me destinais à la carrière militaire, j’ai suivi les cours de préparation d’officier. Campagne 1914-18 (...) J’ai été bléssé, gazé. J’ai obtenu deux citations, puis la Médaille Militaire et la Légion d’Honneur. (...) En 1939, mobilisé et affecté à un poste de l’arrière, je demande à rejoindre une unité combattante, et pars avec la 5ème Division d’infanterie nord-africaine. je prends part aux opérations des fronts de Lorraine, de Belgique...en mai 1940. J’obtiens une citation. Démobilisé en juillet 1940, malgré de nombreuses démarches et demandes, je ne peux trouver d’emploi, mon âge étant un handicap. J’ai élevé deux enfants dans les sentiments les plus français . Mon fils âgé de 19 ans, est parti comme engagé volontaire et pilote d’aviation. Lui aussi se retrouve après l’armistice renvoyé dans ses foyers et sans emploi. De nouveau, ma famille s’est trouvée dispersée ; ma mére, veuve et âgée de 70 ans, fut obligée d’évacuer sous les bombes et les rafales de mitrailleuse...Elle est actuellement réfugiée à Nice et ne peut rentrer chez elle. Des autres membres de ma famille, je ne sais rien. Il est certain que, par suite des souffrances et des ruines subies par ma famille, je ne puis rester indifférent, que je ne puis, sans renier mon passé et les sentiments dans lesquels j’ai été élevé, tendre une main fraternelle aux Allemands qui, deux fois en 25 ans, ont tout détruit, tout pris, ne laissant que ruines et dévastations de tous genres chez mes parents... Paulette FRANÇOIS nous raconte : Peu à peu, le groupe formé d’étudiants et de lycéens hostiles aux Allemands et au pouvoir de Pétain, s’agrandit : Jean Burillet, Arno Fiszbein (d’origine polonaise), nous rejoignent. Plus tard viendront Jacques Peirani, Jacques Adam, Benoit Ciani, Pierre Joselet, étudiant en droit. Mon père les réunissait chez nous, 4 rue Torrini, pour des cours de préparation militaire. Nous n’étions ni “gaullistes”, ni autre chose : nous étions Français. Jacques PEIRANI témoigne : La Résistance a débuté au Lycée de garçons à partir de deux groupes, celui des étudiants et celui des lycéens. Le groupe des étudiants a été créé par l’Alsacien Racadot. Indépendament de nos “agents de liaison” Simone Geoffroy, Paulette François, Christiane Melon, j’ai rencontré dans ce groupe Marcel Barovero, William Caruchet, Yves Castelli, Elsasser Alsacien lui aussi. (...) En novembre 1940, j’avais, avec des condisciples du lycée, créé mon propre groupe de résistance, qui comprenait des lycéens habitants dans le même quartier que moi ou se trouvant dans la même classe : Henri Rodier, Michel Tomasini, René Pons, Antoine Oneto, Benoit Ciani, Jean Fratoni, Pierre Antonini, Mathieu Cartotto. Appartenaient également à notre groupe Jacques Adam, François Susini, Michel Moisi, André Massoni. Très rapidement le groupe des lycéens est devenu plus nombreux que celui des étudiants. Chacun des camarades cités est devenu bientôt un chef de groupe. [haut de page] Naissance de “Combat-M.L.N.” Simone GEOFFROY témoigne : Elève au lycée de Nice, je fais part en octobre 1940, autour de moi, d’un projet de groupement de Résistance. M. Jean Chanton, en accord avec M. Raoul Attali, de Mandelieu, coordonne et canalise se projet. En février 1941, un gropue d’étudiants est constitué avec Jacques Peirani (alias Perron) à leur tête ; il comprend presque cent noms. En mars, un autre groupe se constitue, celui des aviateurs, avec M. Malnuit comme chef. Celui des cheminots, avec M. François, M. Darnault et M. Fantino est le plus actif. Un groupe de techniciens aussi à la Radiodiffusion, avec M. Jean Favre chef du studio, place Grimaldi à Nice. Jacques PEIRANI nous raconte : Jean Chanton (Bastos) était le véritable fondateur du M.L.N. à Nice sans oublier qu’à Cannes agissait parallèlement Attali (dit Leriche), avec lequel Castelli avait des contacts suivis. (...) Bastos avait l’âme d’un chef, quand il parlait, il nous donnait l’impression de l’existence d’une grande organisation structurée. Christiane MELON témoigne : Simone Geoffroy nous met en contact avec Bastos, qui nous fait connaitre des gens de Cannes ayant déjà établi les bases d’un mouvement de Résistance. C’est de cette ville qu’est partie une organisation structurée; Un ancien officier d’aviation, Raoul Attali , farouchement anti nazi, qui avait soutenu les Républicains espagnols pendant la guerre ’Espagne, en avait pris l’initiative. Il était entouré du commandant Tarascon, ancien offcier d’aviation, héros de la guerre de 14-18, de Jean Chanton, Jallat, de l’hôtel de France, Pierre Bloch, dit Brunay, qui sera plus tard rédacteur du journal “Combat”. Henri Frenay, résidant à Marseille, prend contact avec eux et leur donne “tous pouvoirs”. Raoul Attali désigne Arthur François responsable pour Nice, et Simonin, dit Deschamps, ancien député lorrain, responsable départemental. Jacques PEIRANI poursuit : En février-mars 1941, notre mouvement à Nice était composé de deux groupes, celui des cheminots dirigé par François, et celui des jeunes dirigé par Castelli et moi-même. A la tête de l’ensemble se trouvait Jean Chanton. Les réunions de responsbles se tenaient chez Mme Geoffroy et sa fille Simone, dans leur appartement 21, rue Gubernatis, qui était notre quartier général. D’autres réunions se sont tenues dans l’appartement de M. François (Laroy). Bastos nous avait ordonné de nous orga niser en sizaines (1 chef de groupe et 5 adhérents). Au début de 1941, Georges Cotta (Jean Constant) organise plusieurs groupes dans la région niçoise. Jacques BAUMEL nous le décrit ainsi : J’ai pu rencontrer un extraordinaire tailleur, Constant l’Albanais qui semblait sorti d’un roman picaresque et qui serait l’un de nos pionniers dans la région. A la même époque, Georges Batault, écrivain royaliste, met Claude Bourdet, résidant à Vence, en rapport avec Henri Frenay, officier qui organise un mouvement de résistance en zone “non-occupée”. Dans son livre, Henri FRENAY nous raconte cet épisode : Je rencontre Claude Bourdet à Cannes en mai 1941 (...) Il avait une expérience politique supérieure à la mienne. Dès la fin de notre premier entretien, je lui confie l’organisation des Alpes-Maritimes puisqu’il y réside et y travaille. Claude BOURDET déclare à ce propos : Me voici donc investi de la fonction de “Chef “du Mouvement de Libération Nationale pour les Alpes- Maritimes (...) Le mouvement conserva ce nom jusqu’en 1942 (...) mais on le connut vite exclusivement du nom de son journal : “Combat”. J’avais en tout et pour tout à ma disposition la famille Batault, la famille du colonel Thierry à Antibes, et une liaison avec le responsable du Var à Saint-Raphaël, un agent de la S.N.C.F. nommé Ruelle. Par Ruelle arrivaient de Marseille les premiers paquets de journaux clandestins : cela s’appellait “Les Petites Ailes”. Jacques PEIRANI précise : Nos groupes ont distribué “Liberté” (décembre 1940), “Petites Ailes” (mai 1941), “Vérités” (juillet 1941), et enfin “Combat” (décembre 1941). Dans une période où il n’y avait pas encore d’action militaire, le journal a été la colonne vertébrale du mouvement. Nous le distribuions au sympathisant une fois, deux fois, plusieurs fois, ensuite il le réclamait, il s’y habituait et finissait par faire partie de la chaine de distribution. “Combat” était largement lu au lycée de garçons, au Parc Impérial, à l’Institut d’études juridiques, à l’Ecole hôtelière, au Cours Henri IV, à l’école de Navigation. [haut de page] Avec les lycéens Des élèves du lycée de garçons de Nice, ayant arboré une Croix de Lorraine à l’intérieur de l’établissement, sont accrochés le 22 mars par des J.F.O.M. et U.P.J.F. sur l’esplanade du Paillon, ce qui entraîne des interpellations. Jacques PEIRANI se souvient : Jean Barbier, fils de l’ancien proviseur révoqué était un ardent patriote et un fervent gaulliste. Il s’était arrangé pour trouver un certain nombre de croix de Lorraine émaillées qui étaient l’insigne des gaullistes. Chaque fois qu’un jeune nous rejoignait, Barbier lui remettait une croix de Lorraine, mais Jean, plus audacieux que nous la portait visiblement à sa boutonnière à l’intérieur du lycée. Cela avait été remarqué par les jeunes du P.P.F. et il en était résulté des bagarres à la sortie du lycée. Barbier fut exclu pour propagande gaulliste. D’autres élèves, ayant imprimé et diffusé des papillons anti-italiens ou favorables à De Gaulle, sont arrêtés les 23 et 30 juin, puis condamnés, le 7 juillet, par le Tribunal correctionnel, à de faibles peines de prison avec sursis, et à des amendes.
Parmi eux se trouve Jacques Antoine, (futur lieutenant Cyclamen) qui témoigne : J’ai été arrêté le 26 juin 1941, avec sept autres camarades étudiants. J’avais 16 ans. La ville de Nice se vautrait dans le pétainisme et la collaboration. Mes camarades et moi connaissions l’appel du général De Gaulle. Nous imprimions des tracts au composteur, à mon domicile, de jour ou de nuit. Les agents de la Sûreté, dirigés par leur chef Marc Letort, nous ont emmenés rue Gioffredo. Ils n’étaient pas ”gentils” avec les étudiants. Jeannine Desclaux a été maltraitée. On nous a houspillés, conduits aux Nouvelles Prisons, où nous avons subi des sévices. Il n’y avait pas de carré politique, encore moins de distinction entre adultes et mineurs. Nous avions été dénoncés par un lycéen. Si le tribunal correctionnel de Nice, malgré le réquisitoire vichyste du juge Roman, n’a prononcé que des peines minimes, il nous fallut nous présenter à nouveau, le 16 octobre à Aix-en-Provence devant le “tribunal d’exception” présidé par le sinistre juge Verdun. Dans sa plaidoirie, notre avocat, maître Cotta, s’est exclamé : “Mais ce ne sont que des enfants ! Ne croyez-vous pas que vous allez vous ridiculiser en les condamnant ? Rendez-les à leurs familles...” [haut de page] Avec les cheminots Claude BOURDET raconte : Il y eut dès 1941, un important sabotage, en gare de Nice-Riquier, de wagons transportant du matériel français en Italie, accompli par un groupe formé par Jean Chanton, dit Bastos, qui fut plus tard le chef adjoint des “groupes francs” de “Combat” à l’échelon national. Cette action causa vingt arrestations parmi des cheminots du groupe, dont celle de leur responsable Arthur François. Mais le groupe Jean Chanton, formé de manière indépendante, n’était pas encore rattaché à nous et ne le fut qu’en fin 1941, ayant établi à ce moment le contact avec Attali. Pour Paulette François, son père n’a pas été arrêté pour cette action qui par ailleurs n’est pas établie. En effet, nous n’avons trouvé aucune confirmation de ce sabotage signalé par Claude Bourdet, ni dans les différents fonds d’archives, ni dans les récits d’éventuels témoins. Léon BARUCCHI raconte : A cette date, la Résistance était organisée au dépôt S.N.C.F. de Nice- Saint-Roch. Les communistes s’étaient réorganisés depuis 1940, avec Gaston Mouton, qui habitait comme moi La Trinité, avec Cantailloube, Grelet, Puletti, moi-même et d’autres. En même temps existait un courant gaulliste. Ceux qui écoutaient Radio- Londres, “les Français parlent aux Français”, communiquaient les informations. Un gars qui travaillait à la “potasse” était bien placé pour ça. La “potasse”, c’était un grand bac où on venait faire tremper les pièces, les bielles, destinées à la réparation. Le gars demandait aux cheminots s’ils étaient contre Hitler et inscrivait les noms sur un carnet. Il habitait la cité Saint Roch avec beaucoup d’autres. Dénoncé, il a été arrêté, la police a trouvé la liste. Le dépôt a été investi un matin et trente-cinq cheminots ont été arrêtés, parmi lesquels des camarades communistes. Christiane MELON témoigne : Le 26 octobre, après dénonciation, les cheminots sont arrêtés ainsi que Arthur François, Simone Geoffroy et sa mère Suzanne, et moi-même. Je suis emprisonnée à la prison de Nice, puis transférée à Marseille, aux Présentines. Sont ainsi arrêtés, à Nice : Barthès, Basseporte, Baunard, Berger, Bermond, Betti, Bonnet, Nicole et Geneviève Boudry, Briant, Brunshwig, Cantailloube, Cappati, Chabrière, Chalut, Dachet, Arthur Darnault et son épouse, Jean Fabre, Doussy, Jacques et Marius Fantino, Favre et son épouse, Arthur François, François Fournier, Frumente, Simone Geoffroy et sa mère Suzanne Geoffroy-Guidi, Julian, Laqua, Laurent, Maisseu, Manthe, Mari, Maurin, Christiane Melon, Michel, Pachoud, Papini, Pastier, Pucetti, Puletti, Raillard, Rey-Roux, Serra, Simonin alias “Deschamps”, Tamanza, Verda, Véran. Paulette FRANÇOIS : Mon père était connu des Résistants sous le nom de “Laroy”. Lorsque les policiers sont venus l’arrêter, ils étaient accompagnés par une des nôtres. Ils lui ont demandé : “Qui est Laroy ?” Elle a montré mon pére en disant : “François et Laroy, c’est le même.” Beaucoup des personnes arrêtées seront libérées, mais certaines seront maintenues en prison : Baunard, Darnault et son épouse, Marius Fantino, Arthur François, Simone et Suzanne Geoffroy, Manthe, Mari, Christiane Melon, Pastier et Raillard. Arthur François est inculpé pour avoir, selon l’acte d’accusation, “crée un groupement intitulé “la France Libre” à caractère secret, ayant pour but de favoriser l’Angleterre, exposant ainsi les Français qui en faisaient partie à subir des représailles”. Simone GEOFFROY nous dit : Arrêtée le 23 octobre 1941, je suis internée jusqu’en décembre 1941 aux Nouvelles Prisons de Nice et transférée aux Présentines à Marseille. Mise en liberté provisoire le 20 février 1942, je fus jugée le 26 mai par le tribunal militaire permanent de la 15ème région pour “atteinte à la sûreté extérieure de l’Etat”. N’ayant rien avoué, je fus acquittée. Christiane MELON : La plupart des cheminots bénéficieront d’un non-lieu et seront relâchés. En février 1942, on m’accorde la liberté provisoire, et en mai 1942, je suis traduite devant le tribunal militaire, présidé par le colonel Servent, au fort Saint Nicolas à Marseille. Je suis condamnée à six mois de prison avec sursis pour “atteinte à la sûreté de l’Etat”. N’ayant plus de contact, les cheminots se diviseront, les uns iront vers le parti communiste, les autres résisteront par d’autres voies. Pendant ces emprisonnements, s’est créé un embryon de “service social”, pour l’aide aux familles qui ne touchaient plus de salaires. Mme François, d’abord avec ses économies, puis aidée par Attali, a pu les secourir. L’Opération “cinéma” En octobre 1941, le Paris-Palace projette Le Juif Süss. Jacques PEIRANI témoigne : Nous avons jugé ce procédé abominable et avons décidé de réagir. Notre groupe avait acheté de l’ammmoniaque et du sulfure de carbone, l’ammoniaque faisait tousser et le sulfure de carbone répandait une odeur d’oeufs pourris. Nous nous sommes répartis deux par deux parmi les spectateurs et avons ouvert nos fioles en rendant l’athmosphère irrespirable. Nous avons fait un immense chahut comme savent le faire les étudiants, les gens sont sortis précipitamment et la police a évacué la salle. A la même époque, la BBC incite les gaullistes à une campagne d’inscription de V et de croix de Lorraine. Jacques PEIRANI poursuit : Nous nous sommes munis de craies et, à la nuit tombante, nous décorions les murs de ces insignes. Il fallait faire vite pour ne pas être pris, aussi parfois nos V étaient un peu aplatis ou avaient la forme d’hirondelles. Parallèlement, nous déchirions les affiches de Vichy, nous avions aussi trouvé avec Jacques Adam un moyen efficace : nous avions acheté des petites poires en caoutchouc, nous les remplissions d’encre et d’eau, nous les pressions et projetions le jet sur les affiches des principaux personnages de la Révolution Nationale, il en résultait de grosses taches noires dégoulinantes. [haut de page] Le “Mouvement de Libération Nationale” Pendant l’hiver 1941-42, un tract du “Mouvement de Libération Nationale” est distribué à Nice, et la police en conservera un exemplaire que nous reproduisons page 8. Dans son livre Claude Bourdet ne parle pas de ce tract, car après-guerre, aucun survivant ne l’a revendiqué. Le 10 janvier 1942, à Cannes, Jean Chanton et Marcel François, fils d’Arthur et de Marguerite, sont arrêtés. Ils sont condamnés à 4 mois de prison pour “propagande anti-gouvernementale et affichage de tracts”. Arthur François, radié de la Légion d’Honneur, est condamné en mai 1942, à un an de prison avec sursis, mais il a déjà subi huit mois de prison. En juin, tous les détenus sont libérés. [haut de page]
Avec les Groupes-Francs
Simone GEOFFROY : Dès mon retour à Nice, je reprends contact avec les responsables rescapés, M. Comboul, alors sous-directeur de la fabrique des pâtes Cérès, avait continué l'action patriotique et M. Simonin était muté à Marseille. En juin 1942, Jacques Renouvin, au cours d'une réunion à la maison, organise les Groupes-Francs de "Combat". Mon activité, dès lors, consiste à envoyer des explosifs (plastic et plaquettes incendiaires) qui sont déposées périodiquement dans les salles de cinéma où passent des films pro-allemands, dans les bureaux de propagande de Vichy, etc...Peu après leur sortie de prison, en juin 1942, Arthur et Marcel François décident l'engagement total, quittant Nice....
Les autres mouvements gaullistes L’instituteur Alphonse Lauron met en place le mouvement Franc-Tireur, avec l’aide de Paul Bermond, Jacques Cotta, René Meffre, Paul Sola et l’ingénieur parisien Richard Weil, réfugié à Nice chez ses cousins Macario, rejoint par le groupe Liberté animé par Edouard Alexander qui avait diffusé un petit journal clandestin La République des Jeunes. L’homme d’affaires international Albert Kohan met en place le mouvement Libération-Sud avec le concours du docteur Levy. Yvon MORANDAT nous brosse ainsi leur portrait : Albert Kohan habitait Nice mais avait loué une villa tranquille au cap d’Antibes pour éviter la curiosité des voisins, qui pouvaient s’étonner du va-et- vient incessant et des hôtes étranges qu’il recevait. C’était un organisateur né qui s’énervait facilement de la nonchalance et de la fantaisie de “Bernard” (d’Astier de la Vigerie). Le “toubib”, comme on l’appelait, était un curieux personnage et sa maison était un repaire de résistants, d’agents secrets britanniques et de messagers en tout genre. (...) Il a trempé dans tous les coups durs des débuts de la Résistance et c’est miracle qu’il n’ait pas été arrêté plus tôt. Il n’est pas revenu de cette aventure mais j’ai rarement vu un homme aussi témérairement courageux que lui. Kohan (Bertal) s’adjoint les services de l’ingénieur lyonnais Philippe Rochat, du commercant parisien Marcel Padolski, du fonctionnaire Jules Bascans et du commandant Cavallo. Le sénateur de l’Isère Léon Perrier, l’un des quatre-vingts parlementaires ayant refusé les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, assigné à résidence forcée à Nice, constitue le groupe “La France au combat”, qui neutralise un agent double transalpin. Quant au jeune Roger WORMS, dit STEPHANE, il tient des propos enflammés dans les restaurants de St Jean Cap Ferrat, ce qui lui vaut un internement à Nice en 1942. Les trois principales formations gaullistes, sous l’impulsion de Jean Moulin, acceptent de fusionner en janvier 1943, sous l’appelation M.U.R (Mouvements Unis de la Résistance), placés sous la direction de Raymond Comboul, Jules Bascans étant chargé des formations civiles, Clément Bocquillon du service de renseignements, Pierre Seguin des Groupes Francs, le général Bardi de Fourtou des formations militaires (Armée Secrète). [haut de page]
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