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Documents :
Rapport de Jean Cousin à Jean Constant (1952), au sujet de Jacques Adam . [ lire ] Message radio n° 111 de Joseph Cabot
Témoignages :
Armand et Alfred BISTARELLI, Auguste TEISSEIRE, du groupe "Combat" de St Sylvestre, à Nice Joseph CANESSA, chef du groupe "Combat" du Vieux-Nice Jean GARCIN, chef du groupe "Combat" de la Préfecture Armand MARCHESI, du groupe "Surcouf", vallée du Paillon Bernard AUDIBERT, du groupe "Jojo", du Lycée Félix Faure Jean COUSIN, ex-commandant Parent, chef départemental des Corps-Francs de la Libération (C.F.L.) Abbé ISNARD, curé de Saint-Julien du Verdon Pierre GAUTHIER, dit "Malherbe", officier de l'Organisation de Résistance de l'Armée (O.R.A.) Gabriel MAZIER, dit "François", dans ses déclarations à Gaston Bernard (Collection El Base) ANONYME : document d'archives sur Saint-Julien du Verdon
Notes de lecture : (1) Extrait du livre De l’armistice à la Libération dans les Haute Provence. Retour au texte
(2) Extrait d’un document écrit en 1944. Retour au texte (3) QUERSAC était le nom de guerre de J. ADAM, qui fut fait chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume par le Général de Gaulle le 12 juin 1945. Retour au texte
(4) Extrait d’un document écrit en 1944, et signé : le capitaine Jean COUSIN, alias commandant PARENT, ex-chef départemental des Corps-Francs de la Libération. Retour au texte (5) Il y a contradiction sur le lieu de l’arrestation puisque Jean COUSIN le situe à Saint André de Nice et Auguste Tesseire a vu des garçons être arrêtés à Saint Pancrace. Retour au texte
(6) Ce n’est pas le carrefour actuel, mais celui du monument. Un document d’archives donne un autre emplacement pour l’embuscade : le lieu-dit « la Côte », sur la route de Castellane, aujourd’hui noyé par les eaux du barrage. Retour au texte
(7) M. Emile Reybaud, maréchal-ferrand, était l’oncle de M. Reybaud, maire de la commune en 1996. Retour au texte
(8) On sut plus tard qu’il s’agissait de Jacques Adam, de Nice Retour au texte (9) Aimé Magnan, de Puget-Théniers. Retour au texte
(10) Ce supplicié fut identifié plus tard comme étant Gilbert Campan. Retour au texte
ADAM Jacques, né le 13 avril 1921 à Heaulne 5seine et Oise) étudiant, 26 rue Assalit, à Nice AUBE Césaire, né le 30 avril 1927, à Menton, étudiant, 21 quai Lyautey, à Nice BALDO Georges, né le 27 mars 1886 à Desvres (Pas-de-Calais) agent d’assurances, 11 avenue Malausséna, à Nice BANDINI Albin, né le 1° mars 1918 à Châteauneuf (Isère) Ouvrier à Marseille CAMPAN Gilbert, né le 19 décembre 1927 à Paris étudiant, 13 bis rue Michel Ange à Nice CASIMIRI Nonce, né le 30 août 1899 à San-Juliano (Corse) agent de lignes à Puget Théniers DEMONCEAUX Roger, né le 28 avril 1926 à Nice, étudiant, 35 rue Gioffredo à Nice GALLO Francis, né le 23 juillet 1926 à Nice, étudiant , 32 boulevard des Italiens à Nice GIORDAN Félix, né le 26 février 1915 à Coaraze cultivateur, quartier La Plena, à Coaraze. MAGNAN Aimé, né le 14 septembre 1916 à Puget-Théniers MAGNAN Roger, né le 3 mai 1923 à Puget-Théniers.
J. Adam, sous le nom de Quersac, était, ainsi que G. Baldo, un responsable des C.F.L.N. (Corps-francs de la Libération nationale, ex Armée Secrète) à Nice.
Les lycéens étaient, avec le groupe Jojo Arnaldi, membres aussi des C.F.L.N. F ; Giordan était le radio de l’OR.A. à Coaraze.
N. Casimiri et les frères Magnan, arrêtés en avril et mai 1944 à Puget-Théniers, étaient membres du groupe de parachutage « François » Mazier, appartenant à l’O.R.A. Albin Bandini, originaire de Marseille, connu de ses camarades sous le nom de Liban, était un responsable F.T.P. dans le Var, puis dans les Basses-Alpes, puis dans les Alpes-Maritimes, où il faut arrêté à Nice en avril 1944.
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A la fin février 1944, en pleine terreur de la Gestapo des P.P.F. et de la Milice, une réunion secrète des chefs de la Résistance est convoquée 2 rue de Russie à Nice, 2° étage, par « Circonférence », Délégué militaire régional des « Mouvements Unis de Résistance pour la région R2 (Sud-Est), et parachuté peu auparavant. Sont présents à la réunion : « Perpendiculaire », que l’on appelle plus volontiers Sapin (Lécuyer), « François » (Gabriel Mazier), responsable d’un réseau radio installé à Puget-Théniers, un représentant des F.T.P. et d’autres. Il est décidé que Sapin, jusqu’ici responsable de l’O.R.A. (Organisation de Résistance de l’Armée) sera chef d’état-major de l’Armée secrète. Les F.T.P. veulent garder leur autonomie, ayant des désaccords stratégiques sur l’action à mener. Le réseau « François », va, en mars et avril, assurer la liaison de la R2 (et même au delà), avec le général Giraud, à Alger, et permettre des parachutages d’armes. En avril, le réseau « François » demande à Alger un parachutage destiné au groupes « Combat » de Nice (Corps-francs de la Libération), dont le chef est Jean Cousin (dit Parent). Le terrain prévu est situé sur la crête du mont Férion, qui domine Levens, Bendejun et Coaraze, où doivent se rassembler, au jour J, les volontaires des C.F.L., sous les ordres de Malherbe (Pierre Gauthier) et de Jacquemin (Duranceau), officiers de l’O.R.A. Voici le message demandant le parachutage, écrit de la main de Joseph Cabot, le radio et émis quelques jours avant sa mort, le 3 mai 1944 : N°111 – Nouveau terrain Alpes-Maritimes a servir en priorité. Sur LEVENS RENE SIX SEPT- 4km ouest LEVENS. SLESVIG. 4 heures. LES POISSONS ONT DES AILES. –30- 2 fois. L’examen de la carte Michelin 84, montre qu’il n’y a pas de terrain possible à 4 km à l’Ouest de Levens, et que, par contre, 4 km à l’Est, il y a la crête du Férion où, à partir de mai, l’attente du parachutage est organisée.
Une erreur d’orientation de l’informateur de Joseph Cabot pourrait donc être à l’origine du tragique échec de l’opération « Férion », qui va nous être contée par quelques acteurs et témoins.
Armand BISTARELLI En 1944, j’avais 23 ans, mon frère Alfred 20 ans, nous travaillions à l’entreprise de menuiserie de notre père, à St Sylvestre à Nice, où nous habitions. Avec quelques camarades, nous formions un groupe clandestin du Mouvement « Combat » qui diffusait le petit journal dans le quartier. Au début de mai, notre responsable nous invite à rejoindre le maquis. Il nous demande de nous rendre par nos propres moyens au Mont Férion, où se préparait la réception d’un parachutage d’armes. Nous partîmes donc, Auguste TEISSEIRE, Néné SIMON, mon frère Alfred, et moi, à pied. De St-Sylvestre, il faut monter par Saint Pancrace, puis, en évitant la route, marcher à travers la montagne, au flanc du Mont Chauve, pendant des heures et des heures, éviter Aspremont, Tourette, remonter sur les ruines de Châteauneuf de Contes, jusqu’à notre premier but : Bendejun, où nous arrivons exténués.
Alfred BISTARELLI Nous cherchons à voir le maire, comme il nous avait été indiqué. Celui-ci se montre réticent lorsque nous lui déclarons vouloir rejoindre le maquis, mais, après nous avoir bien observés, il finit par nous indiquer le chemin de la montagne : - Montez par là, vous trouverez le maquis…
Armand BISTARELLI Sur le plateau du Férion, nous trouvons quelques maquisards : Clotaire ICART, Félix GIORDAN, le commandant JACQUEMIN (DURANCEAU) qui était médecin, des gendarmes, d’autres, en tout une vingtaine. Comme armes, des mitraillettes, une mitrailleuse italienne, des fusils de chasse, des grenades. Nous avons gagné le plus haut de la montagne, à 1.4OO m. d’altitude, où la vue s’étend sur tout le département, et où l’on domine la vallée du Var. Là, l’attente du parachutage a commencé. Nous avons préparé le bois mort pour les trois grands feux dans la clairière. La nuit, il fallait monter la garde, c’était impressionnant, car nous n’avions pas l’habitude.
Alfred BISTARELLI Nous dormions sans couvertures, protégés par des branchages. Le froid était vif. Nous avons passé plusieurs nuits dans ces conditions. Un matin, nous fûmes surpris par une douce chaleur et une immense impression d’étouffement : -Secouez-vous, nous sommes dans la neige ! Plus tard, nous avons dormi sous une tôle…
Armand BISTARELLI Pas de ravitaillement organisé : nous mangions des galettes enlevées dans un dépôt. Je suis allé avec ICART chercher une chèvre chez un paysan et nous l’avons fait cuire sur le feu, mais, comme il fallait éviter la fumée trop visible de loin, nous avons mangé la viande presque crue. Nous fumions le tabac enlevé à la camionnette qui apportait les rations à Coaraze.
Alfred BISTARELLI J’allais chercher l’eau à une source où il y avait un petit lac. Le chemin le plus pratique étant la crête de la montagne où je marchais comme les chèvres, mais on nous avait dit : « On vous voit de Coaraze ». Le sergent nous a fait enlever le mouchoir trop visible que nous gardions sur la tête. Le parachutage ne venait toujours pas. Une nuit, nous avons entendu un avion sur la vallée du Paillon, mais ce n’était pas pour nous. Félix GIORDAN, le patron du moulin à huile de Caoraze était à l’écoute de Londres et devait nous avertir.
Armand MARCHESI En avril 1944, notre groupe Surcouf, de la vallée du Paillon que je dirigeais sous les ordres d’Emilie, avait reçu un parachutage au quartier de la Lare, commune de Drap, sur un terrain de Pierre Cauvin. Nous avions caché les armes dans le tunnel d’un canal de Borghéas, mais ce dépôt fut par la suite trahi et enlevé par la Gestapo et les G.M.R français. Au début de juin, nous attendons un nouveau parachutage. Malheureusement, nous ne sommes pas sur place au moment où l’avion passe et celui-ci, au cours de ces mouvements de recherche, est pris sous le feu des batteries allemandes de Nice, et il s’éloigne définitivement.
Armand BISTARELLI Un matin sont arrivés des groupes d’hommes armés. C’étaient des F.T.P. et des gars du groupe Surcouf. Ils paraissaient bien organisés, bien armés, avec des brassards tricolores F.T.P., F.F.I. C’étaient des « durs ». Les discussions avec le commandant JACQUEMIN portaient sur la répartition éventuelle des armes parachutées. Peu après ils sont repartis.
Joseph CANESSA En 1944, j’avais 22 ans, j’étais requis à Nice comme facteur-télégraphiste. Je dirigeais un groupe des jeunes de « Combat » dans le Vieux-Nice. Quelques jours avant le 6 juin, « Parent », mon chef des C.F.L. (Corps Francs de la Libération, organisation armée du Mouvement de Libération Nationale) me demanda d’envoyer quatre de mes jeunes à BENDEJUN, en vue de préparer un camp maquis. Ainsi partirent SIMONETTI, TORTOLINI, MAGNALDI, et LOPEZ.. Ils sont reçus dans une famille. Un couple de miliciens habite le village, mes gars les arrêtent et les enferment sous surveillance. Le 6 juin, avec le débarquement de Normandie, passent les messages demandant de rejoindre le maquis. PARENT me donne l’ordre de partir avec tous mes gars. Je transmets l’ordre également au groupe du lycée Masséna par l’intermédiaire de Francis GALLO, mon cousin, âgé seulement de 17 ans et qui habitait aussi le Vieux-Nice. Ce groupe existait depuis longtemps et avait été formé par Jacques ADAM. Ce dernier, ancien lycéen, avait déjà subi 6 mois de prison pour son activité de résistant, et avait repris le combat.
Bernard AUDIBERT Pour les lycéens, le rassemblement est fixé près de l’olivier de la Paix, devant le lycée. « Jojo » ARNALDI est là, venu les saluer à leur départ. Il doit rester à Nice où il a des tâches à remplir. Je me joins aux partants, comme agent de liaison (je suis le plus jeune) et je les accompagne jusqu’à Bendejun.
Joseph CANESSA Il est possible que ces lycéens aient aussi appartenu au groupe « JOJO». Les jeunes qui voulaient se battre recherchaient souvent plusieurs filières pour être fournis en armes. ARNALDI n’est pas parti avec eux. Ne sont partis que quatre lycéens : Francis GALLO, 17 ans, Gilbert CAMPAN, 16 ans, Césaire AUBE, 17 ans et Roger DEMONCEAUX, 18 ans. Le matin du 7 juin, nous sommes 14 de mon groupe du Vieux-Nice à partir à vélo. Nous portons quelques grenades italiennes. A Bendejun, je ne trouve pas les lycéens, mais j’apprends que les deux miliciens se sont évadés, les Allemands les plus proches sont à Contes. Nous attendons les lycéens tout le jour. Le soir, je redescends à Nice, comptant les trouver sur la route, rien. A Nice, je couche chez un camarade et je remonte à Bendejun, le 8 au matin. Nous grimpons à l’emplacement du camp, à mi-hauteur du Férion. Il y a des gars qui attendent, parmi eux Jacques ADAM, Jean GARCIN.
Jean GARCIN Un parachutage était prévu pour la nuit. Les messages étaient régulièrement passés à la B.B.C. Rien ne vint. Sur le plateau, pratiquement aucune arme. Quelques vieux fusils que les sentinelles mises en place en bordure du terrain se passaient à la relève. Une vieille mitrailleuse Botchkis qu’on essaya vaguement de monter au centre d’un fortin de pierres sèches hâtivement dressé [1]
Pierre GAUTHIER-MALHERBE –officier de l’O.R.A. : Le 6 juin, je me porte au Férion avec les groupes du secteur de Nice. Dans la nuit du 6 et la journée du 7 l’attente est longue pour ces hommes qui espèrent au mieux l’arrivée de parachutistes amis, au moins des équipements dont ils ont besoin pour se battre efficacement. Les reconnaissances sur les approches Ouest et Sud du Férion rendent compte de la présence de nombreux miliciens et Allemands qui évoluent avec prudence, semblant craindre de « tomber sur du dur ». Le 7 au soir, je prends la décision d’évacuer immédiatement le Férion avec ordre de rejoindre Beuil par le Nord. L’ennemi tombera dans le vide (extrait de Méfiez vous du Toréador, de Jacques LECUYER)
Jean COUSIN Du 6 au 9 juin 1944, Claude CRISTINI, responsable local des C.F.L. à Coaraze assure l’aide au guérillas qui rejoignent le secteur du Férion, l’hébergement des officiers : O.R.A., FONCET-MALHERBE, JACQUEMIN, PIERAS, ANDRE, ARTISAN, PARENT et DARLYS (fusillé) [2]
Joseph CANESSA Devant le manque d’organisation et d’armes, et aussi parce que je suis inquiet de l’absence des lycéens, je décide avec mes gars de retourner à Nice. A cette occasion, le chef de camp JACQUEMIN me gifle, mais je ne change pas d’avis. Dans la nuit du 8 au 9 juin, nous partons, nous gagnons d’abord le sommet de la montagne, puis, par la crête et dans la forêt, avec beaucoup de difficultés, nous descendons sur Ste-Claire, entre Levens et Tourette. Près de la route, dans une vigne, nous décidons d’attendre le jour. Au premières lueurs, un bruit de moteur : une traction noire descend sur Nice, sans doute la gestapo. Plus tard, sur la route, nous arrêtons la camionnette de transport de lait que conduit Madame OTTOBRUC. Elle nous ramène à Nice où nous nous séparons place d’Armes. La ville est calme, mais nous regardant dans une glace nous constatons avec effarement que nous sommes noirs de charbon : dans la forêt, nous avons traversé pendant la nuit une zone incendiée… Je n’ai plus de nouvelles des lycées jusqu’à la Libération. Je me suis toujours demandé où et comment ils avaient été pris…
Armand BISTARELLI C’est à ce moment que nous ont rejoints les jeunes du lycée de Nice, en short. C’étaient de braves jeunes, gonflés à mort. Ils avaient quelques pistolets. Ils sont arrivés sur le plateau, au bas du Férion. J’étais avec le commandant, près de la source. Le commandant JACQUEMIN leur dit : « Non, vous ne pouvez rester, nous n’avons pas reçu les armes, on va se replier, on va repartir. D’ailleurs, nous sommes encerclés, jetez vos armes… »
D’après Bernard AUDIBERT Le 9 juin, AUDIBERT retrouve ses camarades au point fixé. Il apprend que le parachutage a été ajourné. Différents groupes que cette mission ratée avait rassemblés ont déjà reçu l’ordre de regagner d’autres points de ralliement. Le maquis du Férion ne peut garder les garçons. Il n’y a ni armes pour les équiper, ni ravitaillement pour les nourrir. Il est alors décidé qu’avec leur ancien, Jacques ADAM, qu’ils ont retrouvé sur le terrain, ils descendront dans la maison de campagne de M. GALLO, à l’Aire St-Michel. Le lendemain, on les y attendit, mais ils n’y arrivèrent jamais.
Auguste TEISSEIRE Le 9 juin, je reviens sur Nice en compagnie de Fortuné BOVIS et de « DARLYS », surnom d’un responsable qui dit appartenir à l’Intelligence Service, avoir déjà été arrêté par les Allemands, torturé et s’être évadé. A Levens, DARLYS nous dit ne plus pouvoir continuer à marcher à cause de ses blessures au pied résultant des tortures subies. Il veut prendre le car pour Nice. J’apprendrai plus tard que le car subit un contrôle allemand à l’arrivée à Nice. DARLYS porteur d’un pistolet fut arrêté. Bovis et moi continuons notre route à pied par Saint-Blaise et ASPREMONT, des gens nous ayant signalé des barrages allemands sur la route de Tourette. Après Aspremont, au lieu-dit Les Cabanes, un habitant du quartier, Mr. Eugène GREC nous invite à quitter la route parce que, 200 m au delà, les feld-gendarmes allemands viennent d’arrêter cinq jeunes qui comme nous, allaient vers Nice. Nous grimpons dans la montagne d’où nous apercevons, sur la route de Saint-Pancrace, les gendarmes allemands (au nombre de six à huit) encadrant les 5 jeunes. Je peux donc revenir chez moi. Peu après je reprendrai ma place dans la résistance de St-Sylverstre, aux côtés de Louis PELLAS dans les F.T.P.
Jean COUSIN Ayant, sur l’ordre de SAPIN-MALHERBE, rejoint un maquis proche de Coaraze, le chef QUERSAC [3], refusa de rejoindre Nice quand l’ordre fut rapporté par moi. Resté sur place 48 heures après les autres groupes, il fut capturé avec ses hommes au moment où, ayant enterré leurs armes, ils allaient rentrer à Nice [4]
Alfred BISTARELLI Les tirs de mortiers avaient commencé. Les Allemands tiraient sur le plateau depuis Coaraze, le ronflement des obus en l’air était impressionnant, ils tombaient du côté de la chapelle. La nuit suivante, nous avons subi l’attaque des miliciens. Je les ai entendu monter à travers la forêt au moment où nous-mêmes descendions sur les versants de Bendejun. Nous nous sommes immobilisés dans les taillis et ils sont passés à côté de nous. La descente dans la nuit sur les pentes abruptes, à été acrobatique. A Bendejun, Armand, ICART, Clotaire, deux autres et moi, nous sommes présentés au curé qui a pris nos armes et les a cachées dans une ruche, puis il nous a fait monter dans le clocher où nous avons passé plusieurs jours à jouer aux cartes. Emilie LATOUCHE est venue elle-même, avec sa sœur, nous apporter du tabac et du ravitaillement. L’inspecteur de police GULAT nous ravitaillait. Des Allemands sont venus écouter la messe au dessous, dans l’église. Lorsque les Allemands ont quitté Bendejun, nous avons pris le car pour rentrer à Nice, chez nous, perchés sur le toit du car. A l’usine de Contes, les Allemands nous ont demandé nos papiers. J’avais l’âge des requis du S.T.O. Je n’en menais pas large, mais j’ai pu faire valoir une feuille de requis de l’organisation Todt et ils m’ont laissé passer. A St Sylvestre, nous avons repris notre place à l’organisation Combat.
Recherches Les lycéens niçois, Adam, Aubé, Campan, Demonceaux et Gallo, sont donc arrêtés au cours de leur retour chez eux [5]. Pour bien comprendre ce qui va suivre, revenons quelques jours en arrière, dans la vallée du Verdon. Le 6 juin précédent, jour du débarquement en Normandie, vers midi, un détachement de maquisards F.T.P., aidé par les habitants, avait installé un barrage au carrefour des trois routes : Digne, Nice, Castellane, à proximité immédiate de Saint-Julien du Verdon [6]. Dans l’après-midi, deux véhicules allemands arrivant à Castellane, furent pris sous le feu. Survint alors un convoi allemand de Saint André, chargé de troupe. Le feu continua un moment et les maquisards décrochèrent dans la forêt. Les Allemands se tirèrent les uns sur les autres, et ils eurent des morts et des blessés. Le village fut immédiatement investi, les habitants molestés, le maire, Jean Martel, arrêté : il sera déporté. Après cet échec allemand devant les maquisards, suivi par l’occupation de Saint-André et de la Haute vallée du Verdon par les maquisards, à partir du 7 juin, on peut penser que le commandement allemand de Digne décida, en représailles et pour arrêter par la terreur l’insurrection, de faire exécuter onze Résistants sur les lieux mêmes de l’embuscade. Il téléphona à la Gestapo de Nice de lui fournir les otages. C’est ainsi que le 10 juin la Gestapo de Nice rassembla hâtivement, aux Nouvelles Prisons, une troupe de condamnés : Georges BALDO, 48 ans, de Nice ; Félix GIORDAN, 29 ans, de Coaraze ; Aimé MAGNAN, 30 ans et Roger MAGNAN, 21 ans, de Puget-Théniers ; Nonce CASIMIRI, 45 ans, de Puget-Théniers ; Pierre APPOLIN, 25 ans et Joseph GRAFFINO, 19 ans, d’Antibes, Albin BANDINI, 26 ans, de Marseille, ainsi que les cinq lycéens. On les embarqua dans la nuit dans des camions, encadrés de soldats allemands, et ils partirent pour le long trajet vers la mort. Avant Grasse, au carrefour du Pré-du-lac, Pierre APPOLIN et Joseph GRAFFINO durent quitter les camions, et ils furent fusillés à proximité. Puis l’interminable trajet continua : Saint-Vallier, Castellane… A l’aube, près du village de Saint-Julien du Verdon, là où se dresse aujourd’hui la stèle commémorative, le convoi s’arrêta.
Abbé Alphonse ISNARD Le 11 juin 1944, c’était un dimanche, le matin vers huit heures, je me rendais à bicyclette à Castillon pour y célébrer la messe. Sur la route, j’ai croisé un convoi de camions chargés de soldats allemands qui me mirent en joue. Un moment après, j’ai entendu des coups de feu au loin. Quand je suis revenu à Saint-Julien vers dix heures, j’ai rencontré sur la route M. Reybaud [7] m’informant qu’il avait découvert des corps dans son champ, en bordure de la route nationale Je me suis rendu sur les lieux et j’ai constaté la présence de plusieurs corps d’hommes, disséminés dans le pré et allongés. Neuf d’entre eux étaient morts au milieu du terrain et deux autres plus éloignés au pied du taillis en bordure, mais encore vivants. Nous les avons secourus et l’un d’eux [8] a dit quelques paroles : « Nous venons de Nice, nous avons été trahis. On nous a dit que nous étions libres. J’ai fait le mort ». C’est peut-être pour cette raison que lui et l’autre blessé [9] n’ont pas reçu le coup de grâce comme les autres qui portaient tous une blessure à la tête. Je pense que certains parmi les morts ont été torturés car, m’étant aperçu que l’un d’eux portaient des gants, intrigué, j’ai retiré un des gants et je me suis rendu compte que sa main avait été écrasée, broyée [10].
Recherche Les rapports de gendarmerie, les récits des habitants, les récits faits au commandant Parent et qu’il a rapportés, nous permettent d’apporter d’autres précisions. Le 11 juin, la présence allemande dans la vallée interdisait aux habitants et aux gendarmes d’approcher les corps. Dans la nuit du 11 au 12, l’abbé Isnard, quelques personnes vinrent constater que deux garçons vivaient encore et les firent transporter dans la chapelle.
Récit anonyme Des femmes, des hommes âgés, des enfants prennent le char à bancs de M. Laugier et, tirant et poussant, ramènent les deux blessés jusqu’à la chapelle, en haut du village, noyée dans la verdure. Deux matelas reçoivent les suppliciés, Mme Maria Bœuf (dont deux fils mourront à Buchenwald), Mme Jeanne Collomb, Mme Odette Michel, sont au chevet des agonisants.
Abbé ISNARD Les deux blessés furent cachés et soignés dans la chapelle latérale droite de l’église paroissiale située hors du village. Pendant ce temps, je suis allée à bicyclette à Castellane quérir un médecin qui, malheureusement était absent. C’est en définitive à Saint-André des Alpes que j’ai trouvé le docteur Dozoul qui s’est immédiatement rendu auprès des blessés. Il les a examinés et a déclaré qu’ils étaient perdus, les blessures étant très graves et les soins inadaptés à leur état. Le blessé qui n’avait pas pu parler est décédé en fin de journée. L’autre blessé ne m’a pratiquement rien dit, et, étant donné son extrême faiblesse, je ne lui ai posé aucune question afin de lui épargner tout effort superflu. Moi-même faisant partie de la Résistance, je savais combien il ne fallait rien dire de ce que nous connaissions sur les maquis. Il est mort le lendemain matin très tôt. Les neuf autres suppliciés furent transportés dans le nouveau cimetière sur une charrette traînée par des enfants et les rares hommes présents au village, faute de bêtes de trait.
Recherches Les corps des suppliciés sont alors rassemblés au nouveau cimetière de St Julien aux fins d’identification, de toilette mortuaire, les corps étant souillés de terre et de sang.. Délibérément, des femmes admirables, Jeanne Collomb, Félicie Fourmant, Odette Michel, après une toilette sommaire, coupent un mèche de cheveux, prennent des pièces de vêtements pour être remis aux familles. L’abbé ISNARD, les gendarmes de Castellane, Elie Reybaud photographient les corps qu’on a adossés au mur. Les hommes, les jeunes gens, les réfractaires au S.T.O. venus de la montagne creusent onze tombes.. Auguste Honorat, le menuisier, réalise les cercueils, aidé par son collègue de St André, Léonce Henry. Le maire adjoint, Gaston Martel, creuse un trou dans son hangar à bois pour y dissimuler objets et effets personnels.
L’abbé Isnard ayant improvisé rapidement leur transport, les familles des trois victimes originaires de Puget-Théniers purent recevoir leurs morts, et trois tombes restèrent vides, à l’étonnement des Allemands lorsqu’ils revinrent au village. Les habitants, soupçonnés d’aider la Résistance, furent molestés. L’abbé Isnard, par deux fois, fut menacé d’être exécuté. Les photos furent adressées à la gendarmerie de Nice, où Césaire Aubé fut immédiatement reconnu par son père gendarme lui-même. Les autres victimes furent assez rapidement identifiées, sauf une qui resta longtemps mentionnée comme inconnue sur le monument de St Julien. Cinquante ans après, en 1992, un historien marseillais trouva, dans les archives allemandes, les noms des onze suppliciés. Parmi eux, le nom de Albin Bandini. [haut de page]
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