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Hommage aux libérateurs de Nice

Allocution de Solange RODRIGUES au Palais Stella le 28 août 2009

« Plusieurs cérémonies ont déjà marqué ce 65e anniversaire de la libération de Nice mais, comme chaque année, nous nous retrouvons devant ce Palais Stella où s’est déroulée le 27 août 1944 une journée historique, à l’origine de tout ce qui allait se produire le 28.

C’est là, en effet, que le Comité insurrectionnel constitué le 24 août à l’initiative du PCF, des FTP, de la MOI, de la CGT –qui avait déjà proclamé la grève générale- et des Milices patriotiques, a pris la décision de déclencher la lutte armée, le lendemain matin à 6H. Le Comité était présidé par René HOUAT, alias Duchêne, que la Ville de Nice vient d’honorer cet après-midi même.

Cette décision était un modèle de lucidité et de courage auquel se rallieraient toutes les fractions de la Résistance. Lucidité car la ville était terriblement éprouvée par la pénurie alimentaire, le rationnement le plus déplorable de France. Elle était exaspérée en voyant qu’aucune action locale n’avait suivi le débarquement en Provence. L’annonce dès le 24 août de la stabilisation du front sur la rive droite du Var laissait prévoir que Nice serait soumise à des échanges d’artillerie meurtriers entre Américains et Allemands dont les batteries étaient toujours en place à l’est de la ville. Nice avait déjà assez souffert des bombardements. Mais cette décision était aussi un modèle de courage étant donné la disproportion des forces, 350 insurgés munis d’un armement dérisoire contre 2000 Allemands. La seule alternative dans cette guérilla, affronter et neutraliser le plus d’Allemands possible afin de s’emparer de leurs armes d’autant plus nécessaires que de nouveaux combattants faisaient passer les effectifs à 800. Les Gardiens de la Paix rejoignirent à leur tour les belligérants (le Corps urbain de la Police de Nice sera décoré de la médaille de la Résistance).

La loi martiale dont menaçait le nouveau commandant de la Place de Nice, le capitaine BURKHART, sera sans effet. Les grandes entreprises occupées par les ouvriers des Milices patriotiques ont été mises à l’abri des sabotages. L’occupation par les insurgés des points stratégiques (Poste, Mairie, Préfecture) mit en échec les tentatives allemandes de s’en emparer. A 17H, les Allemands se résignent au retrait de leurs troupes. Vers 19H, la Kriegsmarine évacue le Château et fait sauter le port. Les dernières unités de la Wehrmacht se replient vers Villefranche.

Les insurgés se retrouvent maîtres de la ville. Quarante-huit heures après, ils accueillent un convoi motorisé américain qui va fêter avec eux la libération de Nice due exclusivement aux résistants niçois, ce que proclamera le général de Gaulle le 9 avril 1945.

Cette cérémonie devant le Palais Stella a été initiée et est organisée chaque année par notre musée azuréen de la Résistance. Il y trouve un champ d’application de ses missions : le devoir de mémoire qui est une exigence morale mais qui doit être subordonné à la recherche et à la défense de la vérité historique. Cette préoccupation est évidente devant les attaques récurrentes dont elle a fait l’objet en ce qui concerne la libération de Nice.

A notre époque, une question se pose : faut-il réduire le nombre des commémorations ? Pour y répondre, nous devons réagir, faire en sorte qu’elles soient vigilantes. Nous ne devons pas trahir l’exemple que nous ont laissé les résistants. Ils nous ont légué le devoir de transmettre aux jeunes les valeurs humanistes, démocratiques, patriotiques et de paix dont notre société actuelle a tellement besoin. »